Interview de Pauline Picot, autrice

1 - Bonjour Pauline Picot, pourriez-vous vous présenter ?

Je suis autrice (théâtre et poésie).

Je suis performeuse (je m'essaie en tout cas à la performance).

Je suis doctorante (en Études Théâtrales à l'Université Lumière Lyon 2 sous la direction de Mireille Losco-Lena. Je rédige une thèse intitulée "Magnétisme, électricité, spiritisme : l'imaginaire du fluide dans le théâtre du XIXe siècle").

2 - Pourriez-vous expliquer ce qui vous a amenées à proposer Les Poches de Résistance Poétique ?

Les Poches de Résistance Poétique ne seraient pas ce qu'elles sont sans les précieuses ressources du fonds iconographique de la BnF. Depuis le début du projet, avec Fany Buy, nous avions envie de contacter Gallica et plus largement la BnF pour les prévenir de ce que nous faisons - à la fois pour obtenir des autorisations légales, pour faire connaître la manière dont nous nous réapproprions l'archive et pour nous mettre sous le patronage de l'institution qui nous fournit la matière iconographique de nos vidéos.

3 - Ces vidéos sont de véritables créations artistiques. Votre profil nous intrigue ; pourriez-vous nous en dire plus ?

Fany est comédienne. Je suis autrice, doctorante et performeuse. Toutes les deux, nous sommes sans cesse heurtées, bousculées et fragilisées par le réel. Mais nous parvenons à rester debout en diffractant cette sensibilité ; en la détournant par le biais du geste artistique.

4 - Que représente Gallica pour vous ?

Concrètement, Gallica représente pour moi une ressource inestimable dans la mesure où ma thèse ne serait absolument pas ce qu'elle est sans ce fonds. J'habite à Lyon, et je n'ai pas les moyens financiers de me déplacer à Paris quand je veux ; or je vais sur Gallica quasiment tous les jours pour y récupérer des documents essentiels à la progression de ma réflexion. Symboliquement, Gallica est donc pour moi un trésor inespéré, qui incarne ce que la culture française a de plus beau : la démocratisation et l'accessibilité.

5 - Votre plus belle trouvaille dans Gallica ? 

Je ne sais pas si c'est ma plus belle trouvaille, mais c'est sans aucun doute l'une de mes plus précieuses. Il s'agit d'une pièce de théâtre qui constitue l'un des piliers du corpus de ma thèse d'Études Théâtrales. Intitulée Les Docteurs modernes suivi du Baquet de santé, il s'agit d'une comédie-parade en un acte. Écrite et représentée en 1784 alors que le débat sur le magnétisme, théorisé et pratiqué par Franz-Anton Mesmer, bat son plein, cette pièce moque vertement le charlatanisme qui le sous-tend et la crédulité des foules dans l'attente d'un remède miraculeux.

Les docteurs modernes : comédie-parade en un acte et en vaudevilles ; suivie du Baquet de santé : divertissement analogue mêlé de couplets, Jean-Baptiste Radet et Pierre-Yves Barré, 1784

6 - Si vous pouviez changer une seule chose à Gallica pour que tout le monde, des enfants aux adultes, des spécialistes au grand public éloigné de la culture, puisse s'en approprier les ressources, que serait-ce ?

Je créerais un festival (sur trois jours ou une semaine) entièrement consacré à Gallica ! Avec des activités de médiation en direction des adultes et des enfants pour apprendre à se servir de la plateforme et créer des choses à partir de cette plateforme (sur le modèle de ce que vous avez proposé pendant le confinement avec les silhouettes à découper) ; des conférences sur la notion d'archive et son utilité au présent ; des expositions thématiques ; des performances et un concours : celui du plus beau trésor archivistique dégoté sur Gallica !

7 - Etes-vous plutôt punk ou dada ?

Punk-Da. Du punk j'aime : la rage brute / l'électricité / les nerfs / le tout-foutre-en-l'air / le son / le cri. De Dada j'aime : la poésie sans Poésie / l'absurdité / la sensation du présent / l'élégance / les collages / les montages.

8 - GIF ou émoticône ?

GIF. Il y a toute une microfiction dans cette boucle de mouvement. Le GIF, c'est une microforme, un microfilm, parfois un micropoème. Le GIF, c'est le vertige de se confronter toujours au retour du même. Un cycle d'avortements infinis. C'est un format à la fois complet et frustrant ;très  énigmatique. Par ailleurs, la sémantique de l'émoticône est assez figée ; il y a peu de marge de manœuvre pour la faire évoluer, inventer quelque chose. C'est une émotion préfabriquée. Il me semble que le GIF laisse beaucoup plus de liberté imaginaire ; il dit quelque chose, et c'est à nous - émetteur et récepteur - d'interpréter ce que c'est.

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[5] septembre 1910, Buffalo, Fête des Caf-conc', course des entravées [femmes aux jambes attachées] : [photographie de presse] / [Agence Rol]

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